mardi 6 décembre 2016

aquarelleur

 Dictionnaire Larousse, 1895, version spéciale "Beaux-Arts" :
Aquarelleur : n.m (s) machine ou dispositif mobilier permettant de peindre en couleur et à l'aquarelle des tableaux, des estampes, des images populaires ou des cartographies.
Cit : " Pécuchet commanda son aquarelleur directement à Paris dans l'une des plus grandes maisons de fourniture pour artistes. Lorsque son aquarelleur arriva enfin en caisses et en pièces détachés à son domicile, il ne sut le monter. C'est Bouvard qui vint à sa rescousse, le traitant alors d'aquarelliste du dimanche matin." Gustave Flaubert, Bouvard et Pécuchet, 1881

Oui, j'ai du en passer par là pour entreprendre la colorisation de ma géante estampe réalisée sur l'invitation de Philippe Martin à l'école des Beaux-Arts de Rouen. ne trouvant plus de fournisseur, j'ai du inventer avec mes moyens cette fabuleuse machine aujourd'hui bien rare. j'avoue n'en n'avoir jamais vu nulle part de ces aquarelleurs !
Ne pas confondre avec l'aquarelliste qui lui est celui qui utilise l'aquarelleur.
Il me fallait de toute manière trouver une solution pour pouvoir ainsi m'offrir au moins une de ces grandes estampes représentant donc les premiers noms propres que je voulais aquareller comme je le fais de mes lithographies.
Souhaitez-moi une meilleure chance que ce pauvre Pécuchet.
Voici donc ma version de cet aquarelleur :
















dimanche 23 octobre 2016

Alain Grée le Grand

Il y a des illustrateurs que l'on retrouve souvent, qui ont modelé vos souvenirs d'enfance à grands coups d'aplats colorés et joyeux.
Alain Grée est de ceux-là.
Il m'est toujours difficile de ne pas acheter pour quelques centimes l'un de ses ouvrages lorsque j'en trouve. Ce fut le cas, ce samedi aux Emmaüs. En plus, joie plaisante, l'œuvre d'Alain Grée est prolixe, il est donc aisé de se faire plaisir.
De cet illustrateur, on chante souvent la simplicité analytique de ses gouaches, leur manière de faire image par la couleur, la reconnaissance immédiate des visages de ses personnages ou de la ligne noire découpant le blanc des espaces. Il y a dans les livres d'Alain Grée, cela ne fait aucun doute, une écriture.
Mon œil y reconnaît de suite mon enfance.
Mais cette simplicité qui dit tout, qui ne dit rien, ne suffit sans doute pas à qualifier l'ensemble des qualités des dessins et gouaches d'Alain Grée. Il faut y ajouter une lecture possible car amené à un point irradiant de clarté qui, évidemment pour des enfants, est à la fois utile et surtout poétique. On aime toujours comment si peu de lignes, si peu de formes se lisent dans une synthèse qui produit et invente une image. On verra qu'il existe parfois aussi des matières, des crayonnages qui font monter le grain d'un papier ou le sec d'un pinceau pour définir une masse. C'est subtil, bien construit et surtout d'une puissance des couleurs et de leur justesse tonale absolument parfaite. Joie !
Alors voici des exemples tirés de deux ouvrages entrés depuis hier sur les rayonnages Enfantina de ma bibliothèque. Il s'agit de Un courageux petit marin, texte et dessins d'Alain Grée, éditions Fleurus, édité en 1964 et de Moustique et Barbe-Bleue de Paul Guth pour le texte et d'Alain Grée pour les images, un grand et superbe album aux éditions Casterman datant de 1959 ! Deux ouvrages dans un état remarquable et qui finissent tous les deux par le dernier dessin d'un coffre au trésor qui dit bien finalement que les illustrations d'Alain Grée resteront, pour moi, à l'image de ces coffres, ouverts sur des pierreries et des clefs utiles aux rêves enfantins.
On aura, sans doute l'occasion, à de multiples reprises, de retrouver dans d'autres articles, le travail d'Alain Grée.







 


 

J'aime l'audace du point de vue :



Parfait archétype :

 


 

J'adore la radicalité presque abstraite de cette bibliothèque :




 

 

 

 

vendredi 8 juillet 2016

Les noms propres

Il fallait bien que l'on y arrive !
Philippe Martin était encore enseignant en gravure lorsqu'il m'invita à réaliser sur la très grande presse Artley, l'édition d'une estampe géante de 118 par 160 cm. Nous avions décidé tous les deux que je commencerais à m'occuper des noms propres de mon dictionnaire Larousse pour rompre un peu, vu l'exception de cette image, le travail habituel sur les noms communs. Quatre grands zincs (50 par 70 cm) sont donc gravés en taille-douce proposant de faire une illustration pour les noms propres n'ayant pas d'illustration dans la même méthode que pour les lithographies. La méthode et la contrainte sont donc les mêmes que pour les lithographies.
Évidemment un tel tirage sur un tel format réclamait une organisation sans faille, ce que nous avons pu enfin mettre en place cette semaine. L'équipe de choc était constituée de Philippe Martin, Eddy Dumont, Fabien Yvon et votre serviteur. Philippe Martin et Fabien Yvon assurèrent le premier essuyage puis je venais finir par le paumage pour que les quatre planches soient finalisées par la même main. Le papier mouillé la veille, la presse Artley bien réglée, l'énergie de tout le monde permirent de faire les dix feuilles en une journée et demie !
À part quelques duretés dans le passage en presse, le plateau de la Artley venant frotter sur le châssis de la presse, tout se passa bien. Pour les spécialistes, nous avons utilisé de l'encre Charbonnel Aqua-wash qui fit merveille.
Les tirages sont au séchage, vous pourrez donc les voir de visu ou sur ce blog plus attentivement plus tard. Mais je ne résiste pas au plaisir de partager avec vous les beaux moments de ce tirage.
Les estampes sont en vente.
C'est un petit tirage sur ce format exceptionnel. 8 épreuves seulement. Dépêchez-vous !
L'une d'elles, comme pour les planches lithographiques, sera mise en couleur à l'aquarelle cet hiver.
On notera que trois générations de graveurs travaillèrent ensemble. La main connaît bien sa famille, les gestes connaissent bien leur histoire et savent se retrouver, toujours.
Je remercie l'école des Beaux-Arts de Rouen pour la mise à disposition de ses moyens de production. Je remercie Philippe Martin pour ce désir et l'occasion de le réaliser. Sans la disponibilité de Fabien rien n'aurait été possible. Merci à Eddy Dumont pour son accueil et son aide (et le café !)
En art, je ne crois pas au projet, je ne crois qu'en la pratique. Je ne crois pas aux chimères, je ne crois qu'à la présence dans le réel. Faire est le moyen de voir. Son moyen, son outil.

Une vidéo pour voir cette manipulation :



Préparation du papier :
 


















Encrage et pose des plaques :



























Soulèvement d'une épreuve :








































Rangement et séchage des épreuves :






mercredi 11 mai 2016

La pelle mécanique ou la mutation d'une ville

Qu'avons-nous cette semaine dans notre bibliothèque Enfantina ?
Je cherche...
Et je trouve ça :




Je l'avais oublié !
Il ne s'agit pas à proprement parler d'un livre mais d'un grand portfolio contenant 8 grandes images panoramiques pliées en trois de presque un mètre de long. Le principe en est fort simple et c'est d'ailleurs ce qui fait son intérêt. En 8 dates, nous voyons les transformations d'une ville au fur et à mesure des chantiers et de son histoire. On pourrait rapidement croire qu'il y a là une dénonciation facile du bétonnage et de la modernité mais il faut bien regarder les images et surtout lire aussi le texte d'introduction de Jörg Müller pour comprendre qu'il est surtout question ici d'un outil de perception au service des jeunes lecteurs, car, ne l'oublions pas, cet ouvrage leur est d'abord destiné.
Dans un dessin réaliste aux détails appuyés, Jörg Müller permet ainsi aux enfants (et à nous !) de comprendre comment doucement ou parfois brutalement des changements s'opèrent sur un lieu et ce qui va s'y maintenir dans les formes, les espaces ou les usages. Ici, le seul usage maintenu semble bien la circulation car le plan reste permanent. La ville est totalement imaginaire (est-ce bien certain ?) à ce point que l'on pourrait la croire allemande, française ou suisse, en tout cas européenne même si on pourrait y reconnaître la Fontaine de la Justice à Bienne par exemple. On pourra d'ailleurs suivre cette sculpture d'image en image. Cela est sans doute aussi l'un des points forts de cet ouvrage, cette capacité de synthèse d'une histoire urbanistique commune ! Seuls quelques mots nous rappellent l'origine suisse de l'auteur. D'autres détails aussi, très menus, très sarcastiques, très précis me font penser, toutes proportions gardées à la peinture des Pays-Bas comme Brueghel par exemple. Les chiens y font caca et les enfants font des blagues aux passants ou fument des cigarettes en cachette. Ce plaisir des détails offre l'occasion aux enfants d'entrer dans les images et de s'y reconnaître mais aussi de jouer davantage et donc de saisir et aimer lire les transformations et leurs raisons. Quelques références sautent aux yeux, ici Raymond (?) Lœwy, là Calder, ici Escher ou encore une affiche annonçant une exposition Le Corbusier. L'auteur semble beaucoup aimer les belles automobiles.
Je le répète, il n'y a pas de jugement a priori même si l'avant-dernière image est une manifestation contre les travaux... Mais bien entendu, cela entraîne tout de même chez le regardeur une nostalgie, un sentiment étrange que même moi qui aime le béton et les périphériques je ne peux m'empêcher d'avoir ! Je me demande en fait si la solution pour maintenir une neutralité bienveillante n'aurait pas été de simplement commencer la pagination par la modernité puis, image par image de nous ramener vers le passé faisant donc du présent un état de fait et non une conséquence malheureuse !
Enfin... Reste un ouvrage spectaculaire, joyeux avec souvent de l'humour, capable en effet de faire comprendre à un jeune public que les modifications parfois louables et même nécessaires à notre monde entraînent, de fait, des pertes dont il faut toujours mesurer l'importance. Cela permet aussi de dire que cette transformation est toujours à l'œuvre, toujours possible, cela raconte la malléabilité d'une ville dont les citoyens devraient en grande partie rester les seuls décisionnaires de ses transformations.
Remercions donc Jörg Müller de nous avoir donné cet outil beau, riche et aussi, finalement très précis.
Pour information, mon édition est de 1979, à l'École des Loisirs, grande maison !
Régalez-vous !

Mercredi, le 6 mai 1953























Jeudi, le 16 août 1956














Vendredi, le 20 novembre 1959


















Samedi, le 19 janvier 1963























Dimanche, le 17 avril 1966














































Lundi, 14 juillet 1969
























Mardi, le 3 octobre 1972



















Mercredi, le 7 janvier 1976























Ce petit personnage penché sur sa table de travail ? Jörg Müller lui-même ?