samedi 2 septembre 2017

Étalonner la couleur

Finalement, poser de la couleur c'est parfois enrichir l'image, tenter de ne pas trop trahir l'impulsion de départ, reformer un imaginaire et surtout voir venir à nouveau cette idée qui surgit et qui doit s'inscrire sur le papier.
Alors, voilà, vous irez voir la version en noir et blanc, vous regarderez celle-ci en couleur, vous vous poserez les questions nécessaires sur ces informations supplémentaires ou vous émettrez des doutes, comme vous voudrez.
Maintenant, c'est trop tard de toute façon :















































samedi 26 août 2017

le Sida serait Vintage ?

Je ne fais pas partie de la communauté homosexuelle. Je n'ai jamais voulu penser y appartenir mais le visionnage du film de Robin Campillo me permet de dire que, sans doute, je me suis trompé. Je suis de cette génération dont le saisissement de son homosexualité est arrivé au même moment que la révélation du Sida. Autrement dit, il fallait à la fois affronter la reconnaissance pour soi d'une sexualité hors normes et du danger que la vivre pleinement pouvait engendrer. Engendrer ici est un drôle de verbe. Je n'ai jamais non plus voulu céder aux sirènes du coming out, préférant laisser l'autre définir ma sexualité, l'imaginer ou même croire que je n'en avais pas. Cette suspension était un leurre à ma peur et je le comprends depuis quelque temps maintenant. Et le coming out qui eut sans doute un rôle politique reste un geste d'une très grande violence. J'ai eu peur. J'ai toujours peur. Sans doute, je suis passé à côté d'une grande partie de joies possibles, d'amour d'un soir, des jeux heureux ou malheureux des rencontres. Je n'ai pas eu cette vie si évidente et si médiatique du PD sortant en boîte, baisant dans les parcs, jouissant sans entraves sur des rythmes endiablés. Non. Et je ne le regrette pas. C'est comme ça. C'est ma Province. Souvent, pendant toutes ces années d'homosexualité transparente, j'ai vu comment l'image construite de cette communauté était toujours la même et ce n'était pas la mienne. J'enviais les gays ayant une attitude laissant sans ambiguïté apparaître leurs différences comme on dit si gentiment. J'aimais l'extravagance mais vivais dans ma retenue.
Alors, souvent, lorsque je visionne un film parlant de l'homosexualité et que, celle-ci n'est montrée que par ce biais joyeux de la Folle qui s'affirme, je sais que c'est un mauvais film. Il n'y a pas d'homosexualité, il y a des homosexuels. 120 battements par minute est un film qui évite absolument, plan par plan, ce risque. C'est un film d'abord sur le combat, son organisation, l'amour qui en est le moteur. Le Sida y est montré, je crois, sans concession et c'est la moindre des choses. Une scène m'a permis de comprendre que Robin Campillo non seulement n'était pas tombé dans une nostalgie pourrie des années Sida mais qu'il nous fait signe d'emblée qu'il n'ira pas sur ce terrain. Sean, le héros principal, regarde la nuit tomber sur Paris et commence un monologue sur la Beauté, sur le fait que depuis le Sida il se sent vivre plus fort, être plus lucide. Dans la salle, je ne sais comment dire, mais j'ai senti la complaisance, la pitié et aussi l'amour de certains spectateurs pour ce type qui sait aimer la vie malgré tout et presque à cause du Sida. Et d'un coup, Robin Campillo retourne la situation et tout en faisant se marrer Sean sur sa déclaration par trop poétique, il lui fait dire : "non je rigole". On sait alors que l'esthétique de la compassion ne passera pas par ce film. Les visages sont filmés serré, durement, les pilosités des coupes de cheveux, des poils, des nuques, des culs, tout est regardé, aimé, comme si nous pouvions souffler dessus. C'est curieux sans doute comme détail et cela va certainement vous faire rire, mais c'est la première fois que je vois clairement du sperme représenté dans un film non pornographique. Et il est l'occasion d'un fou rire là aussi libérateur sur un moment pourtant lourd de sens, comme si son apparition, son éjaculation étaient les preuves d'un devoir de contredire là aussi un sentiment trop compassionnel.
Alors, la sortie de ce film a été l'occasion de remettre ce combat contre le Sida sur le devant de la scène médiatique. Et c'est tant mieux car le Sida est là, malheureusement vivant, présent, actif. Mais certaines personnalités intellectuelles ne peuvent s'empêcher de s'en emparer, de se saisir de cette nostalgie bourgeoise pour nous raconter l'esthétique de l'émancipation, les joies des manifs ou la beauté des pancartes (France Culture il y a peu)... Vous verrez que bientôt le Sida sera Vintage. Récupération comme on dit. On parlera des années Sida comme des années folles ou de Mai 68. Je n'ai pas combattu le Sida, je n'ai pas lutté, je n'ai pas défilé. J'ai eu peur.
Je ne veux dire merci à personne même pas à ceux qui eux ont fait ce combat. Non. Car cette lâcheté d'engagement n'aurait pu être alors combattue que par la présence de l'amour ou de la douleur. Je ne pouvais ni singer l'un, ni imiter l'autre. Je suis passé au travers avec la peur. Et je ne veux pas aimer ce film pour croire que je résilie ma dette à leur égard.
Mais lorsqu'une œuvre permet de vivre, planqué derrière un écran de cinéma, une action pour laquelle on a été absent, la moindre des choses c'est de ne pas tomber dans l'illusion d'y avoir joué un rôle ou de regretter cette période. Jamais, jamais de nostalgie du Sida. Il y a aujourd'hui tellement de New wave de 50 ans qui vous racontent leur première coloration, tellement de soixante-huitard devenus cadres supérieurs ou de punks du dimanche que le combat du Sida n'a vraiment pas besoin d'une telle trahison de l'histoire, toujours prête, ici, à faire de tout une esthétique. Le combat pour le Sida c'est maintenant, encore, encore, encore. Ce film interroge au moins autant les structurations d'un groupe au combat que la maladie elle-même. Pour quelle raison fondamentale on combat ensemble ? Les intérêts de chacun devant trouver une action commune, il apparaît dans ce film que cette agglutination de raisons et d'objectifs produira une énergie qui permet d'échapper à l'abattement sans pourtant ne rien oublier de la désillusion forcément, forcément fatale. C'est bien là la grande qualité de ce film.
Les rôles féminins sont particulièrement bien travaillés.
120 battements par minute dans sa construction cinématographique, dans l'insertion du réel dans la fiction, dans le jeu des acteurs (le réalisme des prises de parole en public y est magnifique), dans le lieu même du regard de la caméra (son placement), est donc un très grand film.

Je finis cet article par deux de mes propres révélateurs. On n'échappe pas à certaines icônes surtout quand celles-ci vous libèrent encore :





mercredi 16 août 2017

La dette à Topor


Et voici la dernière planche colorisée.
Je ne vais pas perdre mon temps (ni le vôtre) à vous raconter quelque chose.
Qui paye ces dettes à Topor s'enrichit.
Je vous laisse à votre admiration ou votre indifférence (que des mots féminins).
Bonne lecture :









































































































mercredi 9 août 2017

Je déteste les dessins d'enfants

Disons que je n'ai aucun regret des miens.
Je ne me souviens que trop bien, enfant, de ma peine de ne pas savoir bien dessiner pour regretter cette naïveté à laquelle on attribue si facilement aujourd'hui des qualités de vérité, de tendresse, ou même de pureté primitive. Il y a dans les dessins d'enfants une manière sincère de vouloir représenter le monde, de jouer avec, de le tenir et surtout de le faire apparaître. C'est bien là que tout se tient et qui ne doit jamais disparaître, cette croyance (certitude ?) que dessiner c'est faire apparaître un monde pré-existant mais invisible à celui qui ne sait pas le mettre ainsi au monde.
Alors, dès qu'on évoque la liberté des dessins d'enfants, je frémis, dès que l'on me raconte leur Vérité, je fuis à grandes enjambées. Je ne peux que me réjouir d'entendre un enfant expliquer ses traits et ses couleurs et je comprends toujours la violence que cela représente pour lui que nous ne reconnaissions pas ce qu'il a dessiné. C'est tout. Et puis, aussi, dire tranquillement que rien n'est plus stéréotypé que les dessins d'enfant au point que tout le monde les reconnaît comme tels ou que, avec beaucoup de chance, il est aisé de les imiter ou de les maintenir dans son monde d'adulte.
C'est exactement le cas de ce livre de Régine Deforges :



Lorsque j'ai trouvé ce livre, j'ai d'abord vu la couverture et l'objet que j'ai reconnu immédiatement comme un livre pour enfants et, dans le même temps, je me suis demandé qui pouvait oser donner aux enfants comme images, des dessins si proches d'eux. À quoi cela sert-il ? Et à qui cela sert-il ? Régine Deforges nous explique la création de ce livre sur le dos du cartonnage avec un étrange et sans doute inévitable "Avis pour les grandes personnes". On y voit ce désir que le dessin soit un moyen de traduire, de faire comprendre le texte. Le dessin devient pour elle un objet de liaison avec l'enfant, avec son monde, sa candeur. Si je peux aimer ce moment, en comprendre le rôle fondamental pour lequel il n'y a rien à dire, il reste que ce dessin, comme coulé dans le monde enfantin, dans ses naïvetés attendris ne me touche pas. C'est sans doute qu'il me manque le moment même de sa venue, cette complicité de table ou de lit lorsqu'un adulte lit un texte avec et à un enfant. Je le répète, je ne peux rien regretter pour cette part.
Dois-je pour autant tomber dans le piège de la tendresse ? Car si l'imaginaire doit rester ouvert, si l'illustration doit toujours permettre une traduction, je suis dans le même temps autant attendri par ce projet de Régine Deforges qu'agacé par cette évidente stratégie éditoriale.
Car la grandeur de ce travail aurait du rester intime, comme un secret, comme un objet tenant par la chaleur de la voix, la proximité des corps, la douceur de la maisonnée autour d'un texte : une complicité pudique.
L'enfant n'a pas besoin de se reconnaître dans son trait. Il aime être subjugué. Croire qu'offrir une image proche de celle produite par son âge permettrait d'entrer en contact avec son âge me semble bien une mauvaise voie. Si, adulte je peux me réjouir de la simplicité aisée et maladroite des dessins des enfants, je crois qu'à l'inverse l'enfant a besoin de plonger dans son étonnement du saisissement du réel par des lignes pour entrer dans l'imaginaire d'un auteur et comprendre mieux le sien.
Enfant, je me souviens avoir regardé avec intensité comment Hergé réussissait avec si peu de lignes à dessiner un simple verre d'eau, à saisir la transparence du verre, de l'eau, l'épaisseur de la matière et même l'éclat de la lumière sur la surface. Voilà de quoi j'avais besoin pour entrer dans son monde, non pas une maladresse qui me faisait signe mais une maîtrise assumée et délicate d'une économie de lignes.
Alors je reste dubitatif sur cet objet éditorial car il est fondé sur le jugement de beauté de l'enfant qui reçoit ce moment, moment qui est impossible à reproduire, à enregistrer. C'était le piège à éviter. Il fallait donner le mode d'emploi et non montrer son résultat.
Et si j'aime parfois ma maladresse, mon dessin un peu tordu, mal placé, un rien raté, je ne me réjouis pas que ce soit mon enfance qui parle, je m'accuse simplement et joyeusement d'être encore un peu maladroit. Alors, je jalouse l'ami(e) dessinateur(e) qui lui y serait arrivé, qui aurait trouvé une idée graphique que je n'ai pas eue. Sans doute aussi parce que je ne suis pas doué, que je suis un laborieux, de ceux qui doivent apprendre et pour cela se réjouissent de ceux qui trouvent au lieu de croire qu'ils seraient trop perdus dans leur maîtrise. 
Et je déteste lorsqu'on me demande ce que j'ai voulu dire en faisant tel ou tel dessin. Je n'ai rien à dire, rien, je le dessine. Et je déteste aussi que l'on me dise que mon travail doit plaire aux enfants car ils ne sont pas un genre, un groupe, une entité. J'aime que mes dessins puissent plaire à certains comme ils peuvent plaire à certains adultes. Je me méfie du jugement de joliesse desdits enfants.
Pourtant j'ai acheté cette Apocalypse de Saint Jean Par Régine Deforges. J'aime toujours les pépites, les égarements. Être étonné, agacé est tout de même être quelque chose.
Il y a là sans doute une grâce qui passe dans les couleurs des feutres, la blancheur des espaces, l'immédiateté de la traduction, quelque chose des Pâques Mexicaines.

L'Apocalypse de Saint Jean
Régine Deforges
éditions Ramsay, 1985.
95 Fr ! Tout de même.












mardi 8 août 2017

Tout au poil de cul

Voilà que viennent s'ajouter à la pile silencieuse de mes tirages lithographiques, deux nouvelles planches aquarellées que vous regarderez depuis cet écran et que vous vous refuserez à venir voir pour de vrai, à me demander quoi que ce soit sur mes choix, à la limite mettrez-vous un like sur Facebook pour se rassurer mutuellement que nous sommes amis et que nous nous intéressons les uns les autres à notre travail. Je fais pareil.
Puis, je rangerai ces deux tirages dans le grand carton à dessin bleu, au pied de mon lit car j'ai toujours peur qu'il leur arrive quelque chose, en bas, dans le sous-sol. Je dors presque avec eux.
C'est comme ça.
Merci d'être encore là.
Alors les plus fidèles, ceux qui connaissent un peu mieux mon travail, remarqueront que les deux planches sont bien différentes. Il y a bien quinze ans d'écart entre les deux. J'aime bien depuis peu revenir en arrière et mettre en couleur les premières planches. La première que vous verrez est la plus récente, la seconde la plus ancienne.
Tout au poil de cul.
Bonne lecture.